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Les Perséides, de Robert Charles Wilson

  • Nicolas Skinner
  • 14 nov.
  • 4 min de lecture

2014 - SFFF

Couverture de l'édition poche du roman Dracula de Bram Stoker

Quatrième de couverture


C’est l’histoire de deux géographies intriquées : celle des ruelles nocturnes de Toronto et celle de l’étrange librairie Finders, deux géographies qui ne sont pas ce qu’elles semblent être car non, décidément, la carte n’est pas le territoire... C’est l’histoire des abîmes vertigineux de l’espace et du temps et de ce qu’ils abritent, de l’étrange et de l’occulte, là, au coin de la rue, au détour d’un rayonnage de bibliothèque ou sur une case d’échiquier... C’est l’histoire de ce qui ne peut être vu et que l’on voit quand même, de ce qui ne peut être dit et qu’il nous faut dire, malgré tout... C’est l’histoire des Perséides, neuf récits se répondant les uns les autres pour tisser l’ébauche d’un paysage indicible, un livre à l’ombre des grands maîtres tutélaires de l’œuvre wilsonienne : Jorge Luis Borges, Howard Phillips Lovecraft et Clifford D. Simak en tête.


Mon avis


Robert Charles Wilson est un nom familier pour les amateurs de science-fiction spéculative et intimiste.

En ce qui me concerne, c'est un secret de polichinelle : j'adore R. C. Wilson. Il est, sans doute, mon auteur de SF préféré, Spin demeurant pour moi le meilleur roman de SF de tous les temps, le seul que j'ai noté 5/5 sur ce site, avec La Mort Immortelle de Liu Cixin.


Alors, forcément, lorsque j'ai réalisé que, honte sur moi, je n'avais jamais lu ce recueil de nouvelles, découvert en vacances dans une librairie de la côte normande, forcément je l'ai acheté. A vrai dire, je lis peu de recueils de nouvelles. Je crois n'avoir chroniqué que ceux de Ken Liu : Jardins de poussière et La ménagerie de papier, tous deux très bons, l'auteur excellant dans cet exercice ; ainsi que La patrouille du temps de Poul Anderson, aux histoires si liées qu'on peut presque le voir comme un roman découpé en plusieurs parties.


Alors, qu'en est-il ?

Eh bien, sans être déçu – n'exagérons rien – j'avoue préférer le format romanesque pour ce qui est de cet auteur.


Ces textes, rédigés sur près de deux décennies, ne brillent pas tous du même éclat, mais ils dessinent une œuvre cohérente, liés par la ville de Toronto et traversés par des thèmes chers à l'auteur : le temps, l'altérité et la persistance de l'espoir face à l'inconnu.


Le recueil tire son nom de la nouvelle éponyme, Les Perséides, qui capture avec brio l'essence de Wilson : une anomalie cosmique (un alignement stellaire inattendu et inexplicable) sert de catalyseur à une réflexion sur la mémoire, le deuil et le sens de l'existence. Et ce schéma se répète. Dans Le Squelette de la Mémoire, il explore l'impact psychologique et social d'une technologie permettant de télécharger les souvenirs des morts, soulevant des questions éthiques fascinantes sur la nature de l'identité et de l'héritage.

Toutefois, si les concepts sont originaux, le format court de la nouvelle pose parfois problème. Wilson a tendance à introduire trop d'idées dans un espace limité, ce qui donne à certains dénouements une sensation de précipitation ou de résolution trop simple pour la complexité du problème soulevé. Le lecteur peut rester sur sa faim, l'ampleur des thèmes méritant parfois un développement romanesque. L'énergie des idées est indéniable, mais leur pleine exploitation n'est pas toujours au rendez-vous, et parfois elles manquent même de clarté à mon sens.


Par ailleurs, les phénomènes étranges auxquels les personnages sont confrontés relèvent davantage du fantastique que de la science-fiction, même si quelques explications pseudo-scientifiques tentent de justifier l'inexplicable. Les événements surnaturels sont souvent évoqués de manière subtile, comme si Wilson ne cherchait pas vraiment à persuader le lecteur de leur réalité. Les idées restent vagues, nourries par les perceptions subjectives des personnages, ce qui renforce le doute sur leur existence. Cette approche, semblable à celle de la littérature de l'étrange, donne l'impression que Wilson lui-même n'est pas pleinement convaincu par ses propres explications – comme s'il ne les incluait que par convention, pour rester ancré dans les codes du genre.


Mais le véritable cœur des Perséides réside dans les personnages eux-mêmes.

Loin d'une science-fiction centrée uniquement sur les concepts, Wilson place toujours des individus ordinaires face à des événements extraordinaires. Ses héros sont souvent des hommes et des femmes d'âge moyen, mélancoliques, aux vies parfois banales, ce qui rend leur confrontation avec le merveilleux ou le terrible d'autant plus poignante. On trouve ainsi des figures de pères de famille en crise, de scientifiques solitaires ou d'artistes incompris, dont les quêtes sont avant tout existentielles.


Quand au style de Robert Charles Wilson, il est, comme à son habitude, fluide et agréable. Il utilise une langue accessible, mais chargée d'une profonde mélancolie. Son écriture n'est pas spectaculaire, mais elle est très efficace pour créer une atmosphère douce-amère. Cette sobriété permet aux émotions – la solitude, la nostalgie, l'émerveillement – de s'exprimer avec une justesse touchante. Le point faible de son style pourrait résider dans une uniformité tonale : l'omniprésence d'un certain spleen et d'une narration intérieure peut, à la longue, donner au recueil une sensation de monochromie émotionnelle, même lorsque les sujets varient radicalement.

Enfin, le sense of wonder, s'il est bien présent, il est toujours teinté de tristesse, ce qui peut parfois masquer la diversité des situations.


En bref :

Ce recueil de nouvelles offre une exploration intrigante et déroutante de Toronto, tout en présentant des personnages profondément humains et attachants. Bien que certaines histoires soient moins convaincantes et certaines idées floues ou mal exploitées, l'ensemble reste efficace.


NOTE GLOBALE : 3.5/5


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©2025 par Nicolas Skinner

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