La forêt sombre, de Liu Cixin

2008 - Science-fiction


Quatrième de couverture (avec spoiler du premier tome, Le Problème à Trois Corps)


L'humanité sait qu'il lui reste quatre siècles avant que la flotte trisolarienne n'envahisse le système solaire. Les sciences fondamentales se retrouvant verrouillées par les intellectrons, la Terre doit se préparer du mieux qu’elle peut. Le Conseil de Défense Planétaire lance un nouveau projet : le programme « Colmateur », qui consiste à faire appel à quatre individus chargés d'envisager des stratégies secrètes pour contrer l’invasion ennemie. Car s’ils peuvent espionner toutes les conversations et tous les ordinateurs humains grâce aux intellectrons, les Trisolariens sont en revanche incapables de lire dans leurs pensées.


Mon avis


Intrigue : 4/5


Le roman entre rapidement dans le vif du sujet : les jours de l'humanité sont comptés, à cause des Trisolariens qui ont pris la direction de la Terre. S'ils ne comptent pas aller jusqu'à un génocide mondial, ils prévoient tout de même de stériliser la population humaine pour qu'elle finisse par s'éteindre, ce qui n'est pas beaucoup mieux, vous en conviendrez.


En réponse à cette menace, les Nations Unies mettent au point le programme "Colmateur". En effet, le seul et unique avantage des humains face aux Trisolariens est leur capacité à masquer leurs pensées. Car si la Terre est constamment espionnée par les Intellectrons, ces particules intelligentes qui informent en temps réel l'ennemi du moindre fait et geste des humains, les esprits de ces derniers demeurent inaccessibles aux Trisolariens.

Ainsi, quatre Colmateurs sont choisis. Leur missions est d'ébaucher une stratégie secrète en vue de vaincre les Trisolariens à leur arrivée dans le système solaire.

En réponse, l'ennemi mandate l’organisation humaine Terre-Trisolaris, collaborateurs clandestins vouant un culte aux Trisolariens, de désigner des "Fissureurs", antagonistes des Colmateurs, dont la mission est de percer à jour les secrets de leur plan.

Une passionnante partie d'échecs s'ensuivra, et l'auteur parvient avec brio à emporter le lecteur dans les actions des Colmateurs en se demandant ce qu'ils préparent face à la menace Trisolarienne.


Grâce au principe de l'hibernation, l'intrigue s'étire sur plusieurs centaines d'années tout en conservant les mêmes personnages. Une sorte d'avance rapide qui permet d'assister au duel entre Colmateurs et Fissureurs, tout en observant l'avancée des technologies humaines, qui continuent de progresser malgré les Intellectrons qui brident la recherche scientifique.


Autre évolution par rapport au premier tome : l'intrigue prend des airs de space opera plutôt appréciable. En effet, l'humanité tâche de construire la flotte spatiale humaine la plus puissante possible, tandis qu'elle doit faire face au phénomène évasionniste : des humains qui préfèrent prendre la poudre d'escampette spatiale face à la menace Trisolarienne.


Idées : 4.5/5


Le roman s'ouvre sur la notion de cosmosociologie, un concept étudiant les innombrables sociétés extraterrestres, qui "formeraient une seule et même société cosmique, une hypersociété dont la cosmosociologie aurait pour objet d'étudier les caractéristiques."

Cette notion servira de fil rouge au roman et débouchera sur l'explication du titre dans les toutes dernières pages : la forêt sombre porte bien son nom et apporte une réponse au paradoxe de Fermi tout aussi glaçante que celle de Jean-Pierre Boudine.


On notera au passage quelques clins d'œil au maître Asimov : le concept de cosmosociologie semble faire écho à celui de la psychohistoire, et l'un des Colmateurs offre le roman Fondation à un leader djihadiste dans une grotte d’Afghanistan.


Les idées développées par les Colmateurs sont toutes fascinantes, et pour être franc je n'en ai devinée aucune. L'auteur prend un malin plaisir à nous envoyer sur de fausses pistes. Lorsque l'un des Colmateurs se renseigne pour construire la plus grosse bombe nucléaire possible, il est facile de se figurer qu'il veut l'envoyer sur la flotte Trisolarienne... mais c'était sans compter sur l'intelligence de l'auteur.


Enfin, l'évolution des technologies humaines après un bond de 200 ans dans le futur est quelque peu limitée et manque d'originalité, mais l'auteur a l'excuse des Intellectrons qui brident la recherche scientifique et donc ses avancées.


Personnages : 3.5/5


Le personnage central du roman est Luo Ji. Il s'agit du seul Colmateur dont personne ne comprend l'utilité. Contrairement aux trois autres, qui sont toutes des personnalités influentes aux compétences militaires ou politiques, Luo Ji un Monsieur Tout-le-monde qui ne sait même pas lui-même pourquoi il a été choisi. Scientifique médiocre, il fait figure d'intrus dans le programme Colmateur.

Grâce au pouvoir octroyé par son statut de Colmateur, il va dans un premier temps se contenter de mener une vie de rêve et d'essayer de trouver l'amour. Des aspirations bien égoïstes et loin de ce qu'on est en droit d'attendre d'un Colmateur, mais qui nous renvoient à nos propres faiblesses : qu'aurions-nous fait à sa place ?


Autre personnage marquant, j'ai adoré le retour de Shi Qiang, le policier du premier tome, sans doute mon personnage préféré. Il sera chargé de veiller sur Luo Ji. Son rôle est cependant plus mineur que dans le premier tome, malheureusement.


Les trois autres Colmateurs sont tous intéressants à leur manière, et l'on essaie de deviner le plan qu'ils ébauchent pour sauver le monde au travers de leurs actions. Seul bémol, certains sont quelque peu caricaturaux, comme Rey Diaz, véritable parodie de Hugo Chavez.


Enfin, le personnage de Zhang Beihai est également marquant : il s'agit d'un commissaire politique sans scrupules qui a une idée bien précise derrière la tête. Tous les moyens sont bon pour préserver l'humanité - du moins, suivant sa vision des choses.


Style : 4/5


Si le style du premier tome m'avait quelque peu déçu, j'ai éprouvé un plus grand plaisir de lecture de cette Forêt Sombre. Peut-être est-ce dû à l'évolution de l'auteur, ou de l'intrigue.

Avec, parfois, une certaine originalité, comme les premières lignes du roman écrites du point de vue d'une fourmi. Serait-ce un clin d'œil à notre Bernard Werber national ?


Si le style demeure souvent froid et clinique, il est toutefois réhaussé de métaphores pertinentes et de quelques descriptions très immersives.

Un exemple, p. 86 : "Les derniers rayons du jour illuminèrent aussi les vagues déferlantes d'un océan en furie. Des colonnes de lumières lardèrent les nuages tumultueux de l'ouest et tachèrent d'or la surface de l'eau, telles des pétales de fleurs tombés du royaume des cieux." On s'y croirait, non ?


En bref :

Désormais, je vois Le Problème à Trois Corps comme une simple introduction à cette grande fresque SF qu'a entrepris d'esquisser Liu Cixin. La Forêt Sombre surpasse son prédécesseur en tout point selon moi et, au moment de refermer le livre, on n'a qu'une envie : entamer la lecture du troisième et dernier tome.


NOTE GLOBALE : 4.5/5


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