Le paradoxe de Fermi, de Jean-Pierre Boudine

2015 - Science-fiction

Quatrième de couverture

Dans son repaire situé quelque part à l’est de l’arc alpin, Robert Poinsot écrit. Il raconte la crise systémique dont il a été témoin : d’abord le salaire qui n’arrive pas, les gens qui retirent leurs économies, qui s’organisent pour trouver de quoi manger, puis qui doivent fuir la violence des grandes villes et éviter les pilleurs sur les principaux axes routiers.

Robert se souvient de sa fuite à Beauvais, de son séjour dans une communauté humaniste des bords de la mer Baltique et des événements qui l’ont ramené plus au sud, dans les Alpes.

Quelque part dans le récit de sa difficile survie se trouve peut-être la solution au paradoxe de Fermi, à cette célèbre énigme scientifique : dans un univers aussi vaste que le nôtre, l’espèce humaine ne peut pas être la seule douée d’intelligence ; alors où sont les autres, où sont les traces radio de leur existence?

Jamais auparavant l’effondrement de notre civilisation ne fut décrit de façon plus réaliste.

Mon avis


Intrigue : 3.5/5

L'histoire n'est autre que le témoignage du personnage principal qui écrit ses mémoires.

Le narrateur alterne le récit de son présent et son passé.

Le présent raconte sa survie dans les Alpes. Il vit seul en altitude dans une grotte qui possède une petite ouverture donnant sur le ciel. Cette ouverture lui permet d'évacuer la fumée du feu qu'il y fait durant la nuit, le rendant ainsi invisible pour tout maraudeur éventuel. On suit son quotidien, principalement constitué de recherche de nourriture et d'eau, et d'économie de ses maigres possessions. Bien sûr, tout l'enjeu est de savoir s'il va survivre, et comment, ou avec qui.

Le passé relate la crise qui a conduit à la fin de la civilisation telle qu'on la connait, en partant du point de basculement : une crise économique. Les évènements s'enchainent, sans réelle surprise, vers leur inexorable issue, à savoir un point de non-retour. L'ambiance de fin du monde est présente mais assez passive, et basée sur les souvenirs du narrateur.

De manière générale, les chapitres très courts apportent un dynamisme bienvenu. Par contre, j'ai été déçu par le manque de suspense et de retournements de situation. J'avais même deviné la fin du roman avant même de le commencer, grâce au titre.


Idée : 4/5

Le point fort du roman.

Si l'idée de fin du monde est très loin d'être originale, ce n'est pas le cas de son traitement. Car, ici, ce n'est pas une invasion extraterrestre, un gros astéroïde, une épidémie meurtrière ou une guerre nucléaire qui en est à l'origine. Non, aucun évènement aussi ostentatoire, puisqu'il s'agit d'une "vulgaire" crise économique.

Le développement de cette idée est très bon, et montre avec justesse à quel point notre civilisation ne tient qu'à un fil, à savoir une économie en équilibre sur les dettes monstrueuse des états.

Nous observons ainsi, si besoin était, à quel point nous sommes dépendant de cette civilisation, en particulier de l'électricité. Sans elle, à quoi peut bien servir un téléphone portable ou un ordinateur, objets indispensables du quotidien ?

Les autres énergies ne sont pas en reste.

Comment faire un feu ? Nous connaissons tous la théorie, mais savons-nous la mettre en pratique ?

Comment se déplacer sans véhicule ? Bien sûr, nous pouvons aller à pied, mais le voyage est ainsi très lent, d'autant plus compliqué que nos chaussures s'usent et ne peuvent être remplacées, sachant que la moindre blessure au pied peut s'infecter et être fatale. Nous pouvons aussi utiliser des chevaux mais, de nos jours, combien d'entre nous savent les dompter et les monter ?

Le constat d'impuissance est vertigineux et très bien rendu.

L'auteur maîtrise son sujet et les données relatées sont précises et cohérentes. On sent qu'il possède un bon bagage scientifique.

Enfin, point d'orgue du roman, la discussion autour du paradoxe de Fermi ne m'a pas vraiment surprise, puisque j'avais très bien deviné comment l'auteur allait le traiter au vu de son histoire, mais ce ne sera peut-être pas le cas de tout le monde, d'autant plus pour ceux qui ne connaissent pas ce paradoxe. Auquel cas je vous conseille la lecture de ce roman sans être allé vous renseigner au préalable au sujet de ce paradoxe.

La postface vient enrichir cette idée en la développant un peu plus, ce qui m'a beaucoup plu.


Personnages : 3/5

Nous nous attachons forcément au narrateur dans sa quête de survie, mais je lui reproche un certain côté fataliste qui le rend au final assez passif. Le ton détaché de son récit, principalement factuel, peine à nous faire ressentir une profonde empathie pour lui.

Quand aux autres personnages, ils sont presque inexistants, et toujours prétexte à faire avancer le récit ou faire passer des idées. Le manque cruel de dialogue ne nous permet pas de les rendre vivants à nos yeux.

Aussi, il est impossible de s'attacher à ces personnages secondaires. Par exemple, lorsque Paul meurt, p.124, il s'agit de la fin d'un personnage sans importance qui avait à peine été évoqué jusqu'alors, aussi sa mort ne fait ni chaud ni froid, sans compter qu'elle est relatée avec un détachement absolu. Je vous laisse juger : "Un matin, le vent a soufflé si fort que durant l'embarquement, Paul est tombé dans l'eau glacée. Il faisait équipe avec Kemmel. Ce dernier est parvenu à lui jeter un filin et à le remonter, mais dans la journée, Paul est mort de congestion." Avez-vous ressenti de la tristesse pour Paul ? Moi non plus.


Style : 2.5/5

Le point noir du roman selon moi.

Le style est plat et peu inspiré. Par exemple, les répétitions sont nombreuses. Bien sûr, dans un roman, elles peuvent être inévitables, voire voulues pour un effet de style, mais ce n'est pas le cas ici. Par exemple, p.31 : "Alors, un groupe chinois, un groupe industriel regroupant des entreprises [...]", nous avons ici 3 fois le terme "groupe" en une dizaine de mots.

Bien sûr, ce style médiocre colle avec le personnage du narrateur qui n'est pas écrivain et se contente de relater son histoire du mieux qu'il peut, mais ce travers ne renforce pas l'immersion.

Il est d'ailleurs amusant de constater que le narrateur le concède lui-même, p. 26 : "[...] en me relisant je vois bien que je ne suis pas un écrivain. C'est même une catastrophe [...]"


En bref :

Un roman qui plaira aux amateurs d'histoires réalistes et d'idées de fin du monde exploitées de manière originale. Par contre, il faut être indulgent sur le style et le traitement des personnages.


NOTE GLOBALE : 3.5/5


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