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L'hiver du monde, d'A. G. Riddle

  • Nicolas Skinner
  • 25 oct.
  • 6 min de lecture

2022 - science-fiction

Couverture de l'édition poche du roman Dracula de Bram Stoker

Quatrième de couverture


Mois après mois, le froid avance, les glaciers s'étendent et les populations fuient vers les dernières zones habitables. Les scientifiques envoient des sondes à travers le système solaire et, près de Mars, repèrent un mystérieux objet se déplaçant vers le soleil. Est-ce la cause du règne glaciaire sur terre, ou au contraire un espoir de survie ? Ce que va découvrir l'équipage de la mission est inimaginable...


Commandante de la Station spatiale internationale, Emma Matthews a observé depuis le ciel le déclin de la planète bleue. Mais c'est pour sa propre existence qu'elle va devoir se battre...


Scientifique parmi les plus éminents, esprit en avance sur son temps, James Sinclair est contacté par la NASA pour assister la mission. Ses compétences sont indispensables à son succès - et au sauvetage d'Emma. Les jours de leur espèce sont comptés. C'est alors que James fait un choix qui va déterminer le sort de la race humaine toute entière...


Mon avis


Intrigue : 4/5


L'intrigue de L'Hiver du monde est sans conteste son principal moteur. A. G. Riddle maîtrise l'art du page-turner : l'humanité est au bord de l'extinction, frappée par une nouvelle ère glaciaire, et la course contre la montre pour découvrir l'origine du phénomène et y remédier propulse le récit à une vitesse folle.

Le roman s'ouvre dans un monde déjà dévasté, ce qui confère une urgence immédiate au récit. L'introduction d'un mystérieux objet interstellaire près de Mars ajoute une dimension de hard science-fiction bienvenue et ouvre la voie à des rebondissements spatiaux, et l'alternance entre l'action sur Terre et la mission spatiale maintient un suspense constant.


Cependant, cette effervescence narrative a un revers. Le besoin impérieux de l'auteur de créer du suspense conduit parfois à des ficelles narratives un peu trop visibles. Certains retournements de situation, notamment ceux concernant l'identité ou les motivations de certains acteurs clés, sont prévisibles pour le lecteur habitué au genre. Je pense notamment à l'identité d'Oscar, tellement évidente que c'en est amusant, surtout qu'aucun personnage ne s'en rend compte autour de lui, alors que juste réfléchir un instant à la façon dont il a survécu permettrait de comprendre.

Par ailleurs, la succession quasi ininterrompue de périls et de sauvetages miraculeux, bien que divertissante, finit par lasser et affaiblit la crédibilité du danger, sans compter que le manichéisme de l'histoire ne laisse que peu de place à la nuance.


Dans le genre, je trouve que Projet Dernière d'Andy Weir chance fait mieux : on y retrouve une urgence de sauvetage de la Terre avec une alternance de l'action sur Terre et dans l'espace, mais le suspense me semble mieux dosé (un roman bientôt adapté au cinéma avec Ryan Gosling en acteur principal, au passage).


Idées : 4/5


Sur le plan des idées, Riddle s'attaque à de grands thèmes de la science-fiction : l'apocalypse climatique, le premier contact et la question de la survie de l'espèce humaine face à des forces cosmiques ou technologiques. La prémisse d'un nouvel âge glaciaire non naturel est exploitée avec suffisamment de détails scientifiques pour ancrer le récit dans une forme de réalisme spéculatif. C'est dans l'exploration des causes profondes de ce « Long Hiver » que le roman déploie ses concepts les plus intéressants, flirtant avec les notions d'intelligence artificielle et de design cosmique ou de terraformation planétaire.


Néanmoins, l'ambition des concepts n'est pas toujours égalée par leur profondeur de traitement. Les problématiques éthiques et philosophiques soulevées par l'extinction imminente (le sort de l'humanité, le sacrifice individuel, la nature du progrès) sont souvent effleurées au profit de l'action pure. Le roman se contente souvent d'utiliser les concepts développés comme des leviers narratifs plutôt que comme des sujets de réflexion approfondie.


L'aspect hard-SF m'a également bien plu, surtout au début quand Emma se trouve dans une situation très délicate dans l'ISS, à grand renfort d'explications poussées. Cette rigueur scientifique s'émousse cependant au fil du roman ; par exemple, j'ai parfois eu du mal à comprendre la position et la trajectoire du vaisseau dans le système solaire.

De même, les détails technologiques des "envahisseurs" (appelons-les ainsi) ne sont qu'esquissés, ce qui peut sembler frustrant. Nous sommes loin de ce que propose Liu Cixin, par exemple, dans un contexte similaire de premier contact.


Personnages : 3.5/5


Les personnages de L'Hiver du monde sont essentiellement fonctionnels, au service de l'intrigue.

Les deux personnages principaux sont Emma Matthews, la brillante scientifique au passé trouble, et James Sinclair, l'expert énigmatique et indispensable. Ces deux figures incarnent l'archétype du couple de héros, l'une représentant la raison scientifique et l'autre l'action et le mystère. Leur psychologie est relativement simple : leurs motivations sont claires (sauver l'humanité, se racheter) et leur évolution, bien que présente, demeure en grande partie celle dictée par les impératifs du scénario catastrophe.

Le roman alterne leurs points de vue au rythme d'un chapitre sur deux, avec une narration à la première personne, mais j'ai trouvé qu'ils manquaient parfois de caractéristique particulière, que ce soit au niveau du style de narration ou au niveau de leurs dialogues, ce qui fait qu'il m'est arrivé de penser lire un chapitre d'Emma alors que c'était Matthews, et inversement.


Les personnages secondaires, eux, s'apparentent souvent à de simples rouages scénaristiques : le militaire bourru, le génie de l'informatique, le traître potentiel. Si leurs relations mutuelles sont esquissées et tentent d'apporter une touche d'humanité par le biais d'amitié et de romances naissantes, elles manquent parfois d'une subtilité qui les rendrait véritablement mémorables. Riddle parvient à créer de l'attachement, mais cet attachement tient plus à la sympathie pour leur sort qu'à la richesse de leur personnalité ou à la complexité de leurs choix moraux.


Style : 3.5/5


Le style d'A. G. Riddle est simple et efficace. Il est avant tout caractérisé par son efficacité journalistique et sa simplicité syntaxique. L'écriture est directe, sans fioriture excessive, ce qui sert parfaitement le rythme effréné du récit. Les descriptions, notamment des environnements glaciaires ou des technologies futuristes, sont sobres mais claires.

On retrouve un peu le style d'écriture d'un KSR (comme par exemple dans son très bon Aurora qui mêle planet opera et space opera), ou d'un Andy Weir justement, cité plus haut.


Certaines descriptions paraissent toutefois frugales, comme p. 285-6 : "Par le hublot, je ne vois que des étendues glacées, du blanc à perte de vue. Nous ne disposons d'aucune vue satellite de la zone, mais j'espérais bien que le toit de la maison dépasse tout de même de la couche de glace. Pas de chance : tout est sous l'énorme congère. Au sol, nous utilisons un sonar pour localiser la maison. Ensuite, les Marines commencent à creuser. La croûte blanche craque comme un œuf quand ils forent dedans. Des nuages blancs se forment devant leur bouche. Cet endroit à la périphérie de Sans Francisco ressemble à la Sibérie, à présent. Aussi loin que porte le regards, tout n'est que glace sous la lumière pâle. [...]. Le trou s'agrandit. Ce n'est pas un puits vertical, plutôt un tunnel en pente menant à la porte d'entrée. La glace n'a pas effondré la construction. [...] Quand le tunnel arrive au porche d'entrée, les Marines nous appellent. Je descends tandis qu'ils finissent de dégager au burin les derniers morceaux de glace. Puis ils défoncent la porte."

Je ne sais pas vous, mais j'aurais aimé savoir comment ils repèrent la bonne maison, et au centimètre près (un sonar me semble très léger pour ce faire, sans satellite et donc sans GPS pour se repérer), comment ils creusent en biais pour arriver pile devant la porte, et comment ils forent un tunnel sans équipement lourd (vu qu'ils espéraient voir le toit dépasser) avec l'évacuation de la glace nécessaire, etc. Ce sont des détails, me direz-vous, mais des détails qui sont importants pour ancrer le récit dans l'esprit du lecteur, du moins à mon sens. Là on a l'impression qu'ils arrivent, improvisent un tunnel dans la glace et puis hop, c'est bon. Pour l’immersion et le suspense, on repassera.


En définitive, cet Hiver du monde se lit avec une grande fluidité, ce qui est très agréable, mais il ne marquera pas les esprits pour son écriture en se positionnant davantage comme un scénario de blockbuster hollywoodien que comme une œuvre de littérature exigeante.


En bref :

Un roman plaisant à l'intrigue haletante qui développe de bonne idées de SF, mais qui peut parfois manquer de subtilité, en mode blockbuster de papier.


NOTE GLOBALE : 4/5


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