M, le bord de l'abîme, de Bernard Minier

2019 - Thriller

Quatrième de couverture

Hong Kong. Entre ses rues frénétiques et ses néons insomniaques, la ville dresse ses gratte-ciel. D'immenses aquariums technologiques où se décide le futur de l'humanité. C'est là, dans l'atmosphère poisseuse de l'été tropical, qu'une Française, Moïra, intègre la firme Ming, concentré d'intelligence artificielle censé devancer nos désirs. Mais pour la jeune femme, l'utopie vire au cauchemar. Derrière les murs du centre ultrasecret, des employées sont retrouvées mortes, violées, torturées. Que cherche vraiment l'empire Ming ? Bienvenue chez M... Au bord de l'abîme.

Mon avis


Intrigue : 3.5/5

Toute l'intrigue se déroule à Hong Kong, en dehors de quelques flashbacks anecdotiques. Le roman démarre sur les chapeaux de roue avec le suicide de Carrie Law, une ancienne employée de Ming. Peu après, la jeune française Moïra débarque dans la ville tentaculaire. La jeune et brillante informaticienne un peu geek vient de Los Angeles, débauchée de Facebook par Ming, qui lui a proposé un salaire mirobolant pour la convaincre de rejoindre ses rangs. Elle découvre alors le complexe Ming, véritable centre high tech à la pointe de la technologie.

Très vite, Moïra va se rendre compte que quelque chose cloche dans sa nouvelle entreprise. Certains employés semblent apeurés, comme s'il vivaient dans la crainte d'une menace insidieuse.


Et puis, il y a les meurtres. Ceux d'un serial killer que la police va vite surnommer "le prince noir de la douleur". Un sobriquet qui n'est pas usurpé, tant ses crimes s'apparentent à de véritables scènes de torture.

Cette intrigue sous-jacente fait intervenir un duo d'enquêteurs hongkongais : Chan, le jeune intègre, et Elijah, le vieux toxico corrompu. Les deux flics vont mener l'enquête, jusqu'à aborder Moïra pour lui proposer de les aider de l'intérieur, convaincu que le meurtrier se cache parmi les employés de Ming.


Dans la première partie du roman, l'auteur prend le temps de nous présenter Hong Kong et nous décrit le fonctionnement et les enjeux du big data en détail. Peu être un peu trop. Les descriptions sont nombreuses et, si elle permettent une immersion parfaite, c'est au détriment de l'attention du lecteur, qui aimerait parfois que l'intrigue avance un peu plus vite. De mon point de vue, je pense que si le roman avait été amputé de 100 ou 200 pages, il n'en aurait été que meilleur. A moins, bien sûr, que l'aspect technique n'ait servi à développer une intrigue proposant un peu d'anticipation SF, mais ce n'est pas le cas comme nous le verrons dans la partie "Idée" ci-dessous.

Heureusement, le dernier tiers est terriblement haletant et nous n'avons qu'une envie : tourner les pages pour connaitre le fin mot de l'histoire.


Idée : 2.5/5

L'idée principale repose sur l'utilisation des données numériques et ses dérives, à travers DEUS, l'intelligence artificielle développée par Ming. DEUS est un agent conversationnel qui surpasse de loin tous ceux de la concurrence : Alexa, Cortana ou encore Siri sont bien moins performants. Il s'agit presque d'un personnage à part entière, avec lequel Moïra a de longues conversations en vue de tenter de le rendre plus humain.

L'auteur prend le temps de nous expliquer en détail le fonctionnement d'une telle intelligence artificielle, jusqu'à évoquer ses travers. Car DEUS déraille de plus en plus au fil de l'histoire, et l'on réalise vite les dégât qu'un tel programme pourrait engendrer sur les esprits faibles.

Il s'agit donc d'un brin d'anticipation, mais très timide. Au final, l'idée n'est pas révolutionnaire, et la science-fiction s'est déjà chargée d'extrapoler bien plus en avant sur ces travers technologiques, que ce soit avec Skynet ou HAL 9000 pour l'intelligence artificielle, ou 1984 pour l'intrusion dans la vie privée.

Et... c'est tout. Certes, il n'est pas questions de science-fiction mais d'un thriller, mais le soin apporté à la description du fonctionnement de l'intelligence artificielle laisser présager un techno-thriller comme peut le faire Michael Crichton par exemple. Ce qui n'est donc pas le cas ici : au final, l'apport dans l'intrigue est presque négligeable. En refermant le livre, on se dit : tout ça pour ça ?

En tant qu'amateur de SF, j'en attendais peut-être trop à ce sujet, tout simplement.


Personnages : 4/5

Aucun hasard n'est laissé quant au choix des personnages.

Bien sûr, en tant que personnage principal, on s'identifie bien à Moïra et son côté geek. On progresse avec elle, curieux de savoir ce qui se trame derrière les murs de Ming. Elle est passionnée par son travail et ne compte pas ses heures, quitte à rester tard et surprendre quelques conversations étranges...

On aime également suivre l'enquête des deux policiers. Chan est touchant par sa volonté de rester à l'écart de toute corruption et de tout vice (pas d'alcool, ni de cigarette).

Et puis, il y a Jianfeng Ming, le terrifiant patron de l'entreprise qui porte son nom. Un nom qui n'est autre qu'une référence à peine déguisée à celle de la célèbre dynastie d'empereurs chinois, dont l'ambition ne devait pas surpasser celle de Jianfeng. Un personnage ambigu qui impressionne et dont on ne sait que penser jusque tard dans le roman, où la vérité éclate.


Style : 4.5/5

En un mot comme en cent : excellent. C'est très bien écrit. Un soin particulier a été apporté à ce niveau-là, c'est évident.

La ville de Hong Kong est décrite d'une manière extrêmement réaliste et immersive. On s'y croirait. Pour y avoir passé quelques week-ends, je n'ai rien trouvé à redire à ce niveau-là. Et pour cause : une rapide recherche en ligne m'a confirmé que l'auteur y avait vécu quelques semaines pour explorer la ville et préparer son roman. Il a d'ailleurs commencé à l'écrire sur place.

Pour le reste, l'écriture est riche sans être ampoulé, le style percutant sans être ostentatoire.

Bref, un roman fluide qui se lit très bien.


En bref :

Un thriller coup de poing. Une véritable plongée dans le big data et l'intelligence artificielle, avec en décor la ville tentaculaire de Hong Kong, très bien retranscrite. On regrettera juste quelques longueurs, ainsi qu'un manque d'ambition concernant l'aspect technologique, dont le souci du détail est tel qu'on en attendait plus.


NOTE GLOBALE : 4/5


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