L'Institut, de Stephen King

2021 - Thriller fantastique

 

Quatrième de couverture


Au cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent.

Luke se réveille à l'Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu'elle n'a pas de fenêtre. Dans le couloir, d'autres portes cachent d'autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques.

Que font-ils là ? Qu'attend-on d'eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s'enfuir ?


Aussi angoissant que Charlie, d'une puissance d'évocation égale à Ça, L'Institut nous entraîne dans un monde totalitaire… qui ressemble étrangement au nôtre. Le nouveau chef-d'œuvre de Stephen King.


 

Mon avis


Intrigue : 4.5/5


L'Institut est un véritable cas d'école en terme d'intrigue.


Le roman s'ouvre sur une sorte de long prologue d'une soixantaine de pages qui relate l'arrivée fortuite de Tim Jamieson dans la petite bourgade de DuPray et sa prise de poste en tant que veilleur de nuit.

Puis commence alors l'histoire de Luke, un enfant surdoué. Il est kidnappé et se réveille dans un institut qui veut exploiter son don de télékinésie. Il n'a alors qu'un seul objectif : s'enfuir de cet endroit infernal.

Et voilà.

C'est tout.

Vraiment.

De mon point de vue, l'histoire aurait très bien pu être racontée dans une nouvelle d'une cinquantaine de pages sans omettre le moindre évènement significatif.

En comparaison, l'Outsider narrait un récit au suspense insoutenable dès la première page et il était difficile de lâcher le roman, malgré un léger ventre mou dans le deuxième tiers.

Au final, il ne se passe pas grand chose dans cet Institut et nous avons affaire à une intrigue d'une simplicité extrême, pourtant relatée dans un roman de 750 pages (!).


Alors, pourquoi cette excellente note de 4.5/5 ?

Eh bien, tout simplement parce que j'ai adoré cette lecture. A aucun moment je ne me suis ennuyé et j'anticipais avec hâte chacune de mes sessions lecture pour avancer dans le roman. J'ai beaucoup aimé suivre les tribulations de Luke, rencontrer ses amis de l'Institut, appréhender les traitements expérimentaux imposés par ses tortionnaires, tenter de deviner les sombres desseins de ses dirigeants, ou encore chercher des failles dans la sécurité qui permettraient de s'enfuir.


Mais alors, comment diable est-ce possible de raconter une histoire à la fois si simple et si longue sans faire bailler son lecteur ?

Pour être franc, en tant qu'auteur, je me pose parfois encore la question.

Il est évident qu'une surenchère de retournements de situation, de scènes d'actions ou de coups de théâtre peut lasser et qu'il faille travailler le rythme pour laisser de temps en temps l'histoire respirer, les personnages se développer et les idées s'exprimer.

C'est un équilibre à trouver.

Ici, le maître pousse cet équilibre à proximité de son point de rupture, et assoit au passage son autorité littéraire en matière de sens de la narration. Il étire une histoire simple sur plus de 700 pages sans la rendre ennuyeuse.

Une vraie réussite à mon sens.


Parmi mes lectures récentes, Helstrid de Christian Léourier m'avait laissé une impression similaire : histoire simple mais palpitante, même si c'était dans un tout autre registre.


Le seul bémol, en fin de compte - qui m'empêche de lui attribuer la note maximale - réside dans le fait que je ne pense pas un jour relire ce roman, car j'en garde un souvenir si limpide et, osons le mot, simpliste, qu'une relecture, elle, m'ennuierait peut-être.


Idées : 4/5


Plusieurs milliers d'enfants sont kidnappés chaque année, dont une partie ne sont jamais retrouvés. Le King tente ici d'apporter une réponse originale à ce mystère.


Et si, encore adolescents, nous nous réveillions dans une chambre qui ressemblait très fortement à la nôtre, mais légèrement différente, à cause de quelques détails ? Comme s'il s'agissait d'un rêve très réaliste, mais imparfait ? Comment réagirions-nous ?

L'auteur nous renvoie ici à nos peurs enfantines ou adolescentes, qu'il cristallise avec brio. Un talent dont il a déjà fait preuve à maintes reprises, comme avec Charlie, Ça, Magie et Cristal, ou encore Shinning.

On pourra même noter un lien tout particulier avec Charlie, qui traite aussi d'un enfant aux pouvoirs psychiques. D'ailleurs, dans une interview, Stephen King avoue avoir un temps envisagé que cet Institut soit créé par la Boite, l'organisme malveillant de Charlie.


Mais l'idée principale du roman réside bien sûr dans la raison de l'existence de l'Institut.

Une raison que je ne pourrai pas développer sans spoiler, malheureusement.

Je me contenterai de dire que, si elle aussi peut paraître très simple - décidemment - elle apparaît bien plus nuancée en fin de roman et beaucoup moins manichéenne qu'on aurait pu l'imaginer.


Personnages : 5/5


Ce n'est un secret pour personne : Stephen King excelle dans la construction de ses personnages, et il le prouve une fois de plus.


Il paraît difficile de détester Luke, ne serait-ce que par ce qui lui arrive, ou encore sa volonté de se sociabiliser avec les enfants de son âge malgré sa grande intelligence qui lui permet de discuter d'égal à égal avec les adultes.

Nous n'avons qu'une envie : qu'il s'échappe de ce maudit Institut et nous suivons ses tribulations en ce sens avec les autres enfants prisonniers qui l'accompagnent. Parmi eux, plusieurs sortent du lot, comme par exemple le sympathique et rebelle Nick, la touchante Kalisha, le télépathe surdoué Avery ou encore George, le clown de la bande.

Chacun des enfants est dépeint avec une justesse presque déroutante.

D'une certaine manière, Luke m'a quelque peu rappelé Juliette, l'héroïne de Silo de Hugh Howey, ma lecture précédente : c'est un personnage intelligent qui sort de sa zone de confort, prisonnier d'un endroit qui semble inextricable, même si dans le cas de Juliette il s'agit d'un silo souterrain et non d'un mystérieux institut.


Parmi les antagonistes, nous adorons détester Mme Sigsby, la directrice de l'Institut, personnage plus subtil qu'il n'y parait, ou bien Stackhouse, le responsable de la sécurité de l'Institut, sans oublier certains membres sadiques du personnel comme Zeke ou Gladys.


Enfin, c'est à Tim Jamieson que revient la lourde tâche de commencer le roman, bien avant l'intrigue de Luke, qui va complètement occulter celle de Tim sur les 4/5 du roman pour, comme on s'en doutait, la rejoindre dans la toute dernière partie.

Tim vient de quitter la police suite à une bavure. Il arrive à un croisement de sa vie, qui va prendre un chemin totalement imprévu avec l'arrivée de Luke.


Je ne m'étalerai pas sur les personnages secondaire, voire tertiaires, tant ils sont nombreux, mais sachez que l'auteur arrive aisément à les ancrer dans notre esprit en quelques phrases ou répliques, comme par exemple le shérif Ashworth.


Bref, c'est une fois de plus une belle palette de personnages colorés et crédibles qu'esquisse le King.


Style : 4.5/5


Ici, le maître est égal à lui-même : son écriture reste fluide et accessible, voire familière, mais sait toujours frapper juste lorsqu'il le faut, à l'aide d'une métaphore bien placée ou d'une description emplie de détails vivants et immersifs. Par exemple, voici celle du shérif de DuPray : "Ashworth - que tous les habitants de la ville, ainsi que ses adjoints, appelaient shérif John, comme le découvrit Tim - était un individu ventripotent qui se déplaçait lentement. Il avait des bajoues de basset et une épaisse chevelure blanche. Et une tache de ketchup sur sa chemise d'uniforme. Il portait un Glock à la ceinture et un rubis au petit doigt. Il possédait un fort accent, un tempérament débonnaire, mais ses yeux, enfoncés dans leurs orbites adipeuses, brillaient d'une lueur intelligente et curieuse." En quelques phrases, on se représente facilement Ashworth et l'on comprend qu'il se sert de son apparence négligée pour mieux mettre en confiance ses interlocuteurs et ainsi les jauger avec justesse, un peu à la manière d'un Columbo.


Le King sait également user du vocabulaire spécialisé pour renforcer la crédibilité de ses descriptions, notamment concernant les expérimentations de l'Institut, sans jamais alourdir son propos ni perdre le lecteur. Tenez, par exemple, savez-vous ce qu'est un tableau optométrique ? Pas moi, avant de lire ce roman, même si le contexte ainsi que la racine commune à celle du mot "optique" m'avait fait deviner.


En bref :

Un excellent roman du King, qui narre ici une histoire simple mais captivante et portée par des personnages colorés et empathiques.


NOTE GLOBALE : 4.5/5


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